Essai · Musique traditionnelle
Gaita, bagpipe, cornemuse : comment dire gaita asturienne dans chaque langue
Pourquoi j’appelle « gaita » la gaita asturienne aussi en anglais et en français, quel rapport elle entretient avec « bagpipe » et « cornemuse », et pourquoi garder le nom propre est une décision culturelle, non une négligence.
Quand je parle de mon instrument hors des Asturies, on me pose toujours la même question : « c’est une bagpipe ? », « c’est une cornemuse ? ». La réponse courte est : oui et non. Oui, il appartient à cette famille ; non, il ne s’appelle pas comme ça. Il s’appelle gaita. Et je l’appelle gaita aussi quand j’écris en anglais ou en français, à dessein.
Ce n’est pas une négligence de traduction : c’est une décision. Je t’explique pourquoi.
« Gaita » est un nom propre, non une traduction en attente
Il y a des mots qui voyagent sans se traduire parce qu’ils nomment quelque chose qui a une identité propre. Personne ne traduit fado, flamenco ou sitar : on les dit pareil partout, et cette permanence fait partie de ce qu’ils sont. Avec la gaita asturienne c’est la même chose. « Gaita » n’est pas un générique qui voudrait dire « instrument à vent à poche » ; c’est le nom de cet instrument précis, avec son accord, son répertoire et sa façon de sonner.
La traduire par « bagpipe » ou « cornemuse » la dissoudrait dans une catégorie immense où la première chose qui apparaît est autre chose —l’écossaise, presque toujours—. Garder « gaita » dans n’importe quelle langue, c’est garder l’instrument comme un instrument à part entière.
Ce que veulent dire « bagpipe » et « cornemuse »
Les deux mots existent et sont utiles, mais ils font un travail différent de celui qu’on croit.
- Bagpipe (anglais) est le terme générique pour toute cornemuse à poche. Dans l’imaginaire anglo-saxon, il évoque presque toujours la Great Highland Bagpipe écossaise, avec son timbre puissant en plein air et son uniforme militaire. C’est une cornemuse de plus dans la famille, non « la gaita ».
- Cornemuse (français) est tout aussi générique : il couvre de la cornemuse du Centre française à n’importe quelle cornemuse à outre européenne. Lui non plus ne nomme aucune en particulier.
Ce sont des catégories, non des noms. Ils servent à situer la gaita asturienne devant qui part de zéro —« oui, elle est de la famille des bagpipes »— mais non à remplacer son nom.
Comment je le règle en pratique
La règle que je suis sur ce site, dans les trois langues non castillanes, est simple :
- L’instrument s’appelle « gaita », toujours. En anglais, the Asturian gaita ; en français, la gaita asturienne.
- La première fois qu’elle apparaît, je la situe avec le générique pour qui ne la connaît pas : the Asturian gaita, a bagpipe from northern Spain / la gaita asturienne, une cornemuse du nord de l’Espagne.
- À partir de là, gaita tout court. Comme tu le ferais avec fado après avoir expliqué une fois que c’est un genre de chanson portugaise.
Ainsi, qui cherche « asturian bagpipe » ou « cornemuse asturienne » trouve le site —parce que ces termes sont là où ils doivent être— mais ce qu’il emporte, c’est le vrai nom : gaita.
Ce n’est pas du purisme : c’est de la précision
Je ne garde pas « gaita » par nostalgie ni par fermeture. Je le garde parce que c’est plus précis. La gaita asturienne n’est pas une variante régionale de l’écossaise, de même que la gaita galicienne n’est pas une variante de l’asturienne. Ce sont des instruments frères avec une personnalité propre, et les appeler tous « bagpipe » efface justement ce qui les distingue.
Dire « gaita » en anglais ou en français, c’est demander à l’auditeur un petit effort —apprendre un mot nouveau— en échange de quelque chose d’honnête : que l’instrument arrive avec son nom, non déguisé sous celui d’un autre.