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Essai · Musique traditionnelle

« Gaita de fol » : étymologie d’un nom

D’où vient « fol » et pourquoi « gaita de fole » est, selon la philologie, le terme le plus précis pour nommer une famille que « zamorane » ou « sanabraise » ne couvrent qu’à moitié. Et pourquoi, aux Asturies, on dit « gaita de fuelle ».

Miniature médiévale des Cantigas de Santa María : deux gaiteros jouent chacun d’une cornemuse à outre, l’un face à l’autre, sur un fond d’arcature décorée

Fole signifie fuelle : l’outre en peau de chèvre tannée qu’un gaitero tient sous le bras comme réservoir d’air. De ce mot vient gaita de fole —ou « de fol »—, le nom que la philologie réserve à une cornemuse transfrontalière précise : celle de Sanabria, d’Aliste et de Trás-os-Montes. Ce n’est pas un joli nom ni une étiquette folklorique. C’est, selon celui qui l’a le plus étudiée, le seul terme qui nomme correctement les quatre variantes de cette famille sans la réduire à une seule.

Fole, fuelle, outre : le même mot

« Fole » signifie fuelle. C’est la poche —traditionnellement en peau de chèvre tannée, préparée pour retenir l’air— que le gaitero gonfle et dont il tire avec le bras pour maintenir le son continu de la cornemuse. La source de cet article, Ángel Vicente Pérez, dans « La gaita de fole » (Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes), fixe cette équivalence comme point de départ : fole = fuelle = outre. Il n’y a pas trois concepts, il y a un mot avec deux graphies —fol et fole— pour le même objet.

Le mot « gaita » lui-même va dans le même sens. Le linguiste Joan Coromines a proposé qu’il vienne du gotique gait ou gata —chèvre—, précisément parce que l’outre se faisait avec la peau entière d’une chèvre non écorchée. Fole et gaita, chacun de son côté, renvoient au même animal.

Où vit cette gaita : géographie exacte

La gaita de fole n’est pas « de Zamora » en général, ni « du Portugal » en général. Elle est endémique d’une bande précise à cheval sur les deux pays :

  • Sanabria (Zamora, Espagne) — variante sanabraise.
  • Aliste (Zamora, Espagne) — variante alistane.
  • Trás-os-Montes (Portugal) — variante transmontaine ou braganzane.
  • Miranda do Douro (Portugal) — variante mirandaise.

Quatre noms régionaux pour quatre manières locales de la même cornemuse. Et c’est là qu’est le problème que Pérez signale.

L’argument de la précision : pourquoi « de fole » et non « zamorane »

Cet argument me convainc parce qu’il m’arrive la même chose avec ma gaita : l’appeler « asturienne » dit d’où elle vient, pas comment elle est faite. Pérez soutient qu’appeler cet instrument « gaita zamorane », « gaita sanabraise » ou « gaita alistane » est imprécis : chacun de ces noms décrit correctement une seule variante et ne dit presque rien des trois autres. « Sanabraise » ne couvre pas la mirandaise ; « alistane » laisse de côté la transmontaine. Ce sont des noms de partie qu’on utilise comme s’ils étaient le nom du tout.

« Gaita de fole » n’a pas ce problème : il décrit le trait que les quatre variantes partagent —le fuelle en peau tannée— sans privilégier aucune comarque par rapport aux autres. C’est, dans l’argument de l’auteur, le terme qui fonctionne vraiment comme un parapluie : il couvre la sanabraise, l’alistane, la braganzane et la mirandaise à égalité, parce qu’il nomme ce qu’elles ont en commun et non l’endroit où chacune se joue.

Pérez appuie cette continuité historique sur des preuves iconographiques : la gaita de fole apparaît représentée dans les Cantigas d’Alphonse X, sur le portail de la Colegiata de Toro (XIIIᵉ siècle) et dans les stalles de la Cathédrale de Zamora. Ce n’est pas un instrument reconstruit sans mémoire : il a une trace documentaire médiévale.

Cette discussion de noms n’est pas seulement théorique : de l’autre côté de la frontière, elle a déjà été tranchée par voie officielle. En 2007, le ministère portugais de la Culture a reconnu « gaita mirandaise » comme le terme correct, écartant « gaita transmontaine » comme imprécis —le même type d’argument que celui de Pérez, cette fois avec un appui institutionnel.

Le parallèle avec « gaita de fuelle »

Aux Asturies, on ne dit pas « gaita de fol » : on dit gaita de fuelle. C’est le même concept —fuelle est fole est outre— avec une autre graphie et une autre langue. La gaita asturienne et la gaita galicienne partagent avec la gaita de fole ce même tronc : une cornemuse à anche double avec un fuelle en peau, au sein de la famille ibérique de l’arc atlantique. Ce qui change entre « fuelle » et « fole » n’est ni l’instrument ni le concept : c’est la langue qui le nomme.

C’est pourquoi il importe de ne pas confondre les deux usages : « gaita de fuelle » est le terme asturien pour la famille entière vue depuis les Asturies ; « gaita de fol » ou « de fole » est, plus strictement, le nom de la variante zamorano-portugaise —et, selon Pérez, le terme correct pour cette variante face aux noms de comarque qui n’en couvrent qu’une partie.

Sources

Questions fréquentes

  • « Gaita de fol » et « gaita de fuelle », est-ce la même chose ?

    C’est le même concept —fuelle=fole=outre— avec une graphie et une langue différentes. « Gaita de fuelle » est le nom que l’on donne, aux Asturies, à la famille entière ; « gaita de fol/fole » nomme, avec plus de précision, la variante de Sanabria, d’Aliste et de Trás-os-Montes.

  • La gaita sanabraise est-elle encore utilisée ?

    Oui, bien que pas de façon massive. C’est l’une des quatre variantes de la gaita de fole, et elle vit aujourd’hui une étape de récupération à Sanabria : on la joue lors de fêtes et de défilés traditionnels, dans des rencontres de gaiteiros et dans l’enseignement au sein d’écoles de folklore qui maintiennent et renouvellent son répertoire.

  • Que signifie « fole » ?

    Fuelle, l’outre en peau tannée —traditionnellement de chèvre— que le gaitero gonfle et dont il tire avec le bras pour maintenir le son sans coupure.