Essai · Composition originale
Ramu Nadal : réinterpréter la tradition de Noël asturienne
Pourquoi j'ai enregistré « Ramu Nadal » : deux pièces du recueil de chants de Torner devenues des chants de Noël asturiens, et ce qu'un ornement à douze bougies a à voir avec le fait de garder vivante une tradition de décembre.
Fin 2024, j’ai publié « Ramu Nadal » : une vidéo avec deux pièces du recueil de chants d’Eduardo Martínez Torner réinterprétées comme des chants de Noël asturiens. Ce n’est pas un disque de Noël au sens habituel, ni une pièce décorative. C’est une tentative de faire quelque chose de concret : faire sonner la cornemuse asturienne (gaita) en décembre dans sa propre langue, et non dans celle des chansons de centres commerciaux.
Qu’est-ce que le Ramu Nadal
Le Ramu Nadal —la branche de Noël asturienne (en asturien, Ramu Nadal signifie littéralement la « branche de Noël »)— est un ornement d’origine païenne qui regagne de la présence en Asturies ces dernières années. La documentation la plus ancienne le situe dans les communautés de Cuñaba, Peñamellera Baxa, Cangas del Narcea et dans la zone d’Ibias.
Ce n’est pas une tradition exclusivement asturienne : dans la province de León, on récupère depuis pas mal de temps cette même décoration, qui fait partie d’un fonds culturel commun au nord de l’Espagne. La branche de Noël léonaise et le Ramu Nadal asturien sont des variantes sœurs d’une même coutume.
La structure est simple et précise. Voici ses éléments :
| Élément | De quoi il s’agit | Signification |
|---|---|---|
| Armature triangulaire | Une structure en bois, soutenue par un mât vertical sur une base stable | Le corps de la branche |
| Branches vertes | If, sapin ou houx | De la verdure au cœur de l’hiver |
| Douze bougies | Une pour chaque bougie de l’armature | Les douze mois de l’année |
| Offrandes suspendues | Charcuteries, friandises, fruits, pompons de laine, broderies | Abondance et reconnaissance |
| Paniers au pied | Châtaignes ou noix | Le fruit de la terre |
Ce n’est pas un sapin de Noël asturianisé. C’est autre chose : un objet rituel qui a ses propres règles, sa propre esthétique et son propre vocabulaire. Et il a une musique qui lui correspond.
Les pièces : Torner comme point de départ
J’ai choisi deux pièces du recueil de chants de Torner —le travail de collecte d’Eduardo Martínez Torner du début du XXe siècle, référence fondamentale de la musique traditionnelle asturienne— :
- « No hay tal andar » — aguilando, recueil de chants de Torner (recueilli au début du XXe s.)
- « Los pastores y pastoras » — aguilando, recueil de chants de Torner (recueilli au début du XXe s.)
Les deux sont des aguilandos : un aguilando est un chant de Noël de tradition orale asturienne, lié à la quête des étrennes de maison en maison. Ce ne sont pas des villancicos au sens castillan du terme, mais l’équivalent asturien —des chansons de tradition orale recueillies par Torner. Je les ai réinterprétées comme des pièces de Noël parce qu’elles ont le caractère festif qui convient et qu’elles s’accordent au contexte du Ramu : elles sont joyeuses sans être banales, asturiennes sans être archéologiques.
La cornemuse ne les « reprend » pas au sens populaire du terme —elle n’y ajoute pas de basse synthétisée ni ne les accélère. Elle les joue dans sa propre langue : avec l’accord propre à l’instrument, le punteru portant la mélodie, le bourdon continu du roncón en dessous, le phrasé de la tradition et l’ornement qui revient à chaque note.
Pourquoi ce projet
Je l’ai fait parce que la tradition du Ramu me semble l’un des objets culturels asturiens les plus beaux et les moins visibles, et parce que je sentais qu’il y avait une pièce musicale capable de l’accompagner pour de vrai.
La cornemuse a un problème de calendrier : on l’associe presque toujours à la romería d’été ou à la fête des Asturies en septembre. Cela en fait un instrument saisonnier et folklorique au pire sens du terme : il n’apparaît que lorsqu’il y a une fête de ce genre. Le Ramu Nadal était une occasion de montrer que la cornemuse asturienne peut aussi être l’instrument de l’hiver, de la célébration intime, du vrai décembre asturien.
Composition originale ou réinterprétation
« Ramu Nadal » se situe à la frontière entre les deux, et cela ne me semble pas un problème. Ce n’est pas une composition originale : les mélodies sont de Torner (qui les a lui-même prises à la tradition orale). Mais le traitement, la sélection, le phrasé et le contexte sont les miens.
C’est exactement ce que je crois que signifie travailler à partir de la tradition sans la répéter : prendre des matériaux hérités et en faire quelque chose de nouveau qui ait du sens aujourd’hui. La même chose que je raconte dans écrire de la musique nouvelle à partir de la tradition, même si, dans ce cas, le point de départ ce sont des pièces recueillies et non du matériel inventé par moi.
Écoute-la
La vidéo est sur YouTube. Si tu la regardes en décembre, tant mieux ; si tu la regardes en juin, ça marche aussi.
→ Voir « Ramu Nadal » sur YouTube
La sortie a été couverte à l’époque par Música Asturiana, avec une recension du projet et le détail de la tradition du Ramu.
Questions fréquentes
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Qu'est-ce que le Ramu Nadal ?
Le Ramu Nadal —« branche de Noël » en asturien— est un ornement d’origine païenne qui regagne de la présence en Asturies. Il consiste en une armature de bois triangulaire couverte de branches d’if, de sapin ou de houx, avec douze bougies et des offrandes suspendues (charcuteries, friandises, fruits). La documentation la plus ancienne le situe à Cuñaba, Peñamellera Baxa, Cangas del Narcea et Ibias. Je raconte son histoire, avec sa musique, dans Ramu Nadal : réinterpréter la tradition de Noël asturienne.
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Qu'est-ce qu'un aguilando ?
Un aguilando est un chant typique de la période de Noël en Asturies, de tradition orale et lié à la quête des étrennes de maison en maison. C’est l’équivalent asturien du villancico castillan. Dans « Ramu Nadal », j’ai réinterprété deux aguilandos du recueil de chants de Torner ; je l’explique dans Ramu Nadal.
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Quelles pièces Tever réinterprète-t-il dans « Ramu Nadal » ?
Dans « Ramu Nadal », Tever réinterprète à la cornemuse asturienne (gaita) deux aguilandos du recueil de chants d’Eduardo Martínez Torner : « No hay tal andar » et « Los pastores y pastoras ». Aucun n’était un villancico à l’origine ; ce sont des chansons de tradition orale recueillies par Torner au début du XXe siècle. Le projet, dans Ramu Nadal.
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Que signifient les douze bougies du Ramu Nadal ?
Les douze bougies placées sur l’armature du Ramu Nadal représentent les douze mois de l’année. C’est l’un des éléments symboliques de l’ornement, aux côtés des branches vertes (la verdure en hiver) et des offrandes suspendues (l’abondance). Plus sur la tradition et sa musique dans Ramu Nadal.
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Le Ramu Nadal asturien et la branche de Noël léonaise sont-ils la même chose ?
Ce ne sont pas des traditions indépendantes : le Ramu Nadal asturien et la branche de Noël léonaise sont des variantes sœurs d’une seule et même coutume, qui fait partie d’un fonds culturel commun au nord de l’Espagne. Dans la province de León, on récupère depuis pas mal de temps cette décoration. Je la replace dans son contexte dans Ramu Nadal.
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« Ramu Nadal » est-il une composition originale ou une reprise ?
C’est une réinterprétation, à la frontière entre les deux. Les mélodies ne sont pas originales : ce sont deux aguilandos du recueil de chants de Torner (qui les a lui-même pris à la tradition orale). Mais la sélection des pièces, le traitement, le phrasé et le contexte sont propres à Tever. C’est travailler à partir de la tradition sans la répéter, comme je l’explique dans Ramu Nadal et dans écrire de la musique nouvelle à partir de la tradition.
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Peut-on jouer de la cornemuse asturienne à Noël ?
Oui. Bien que l’on associe d’ordinaire la cornemuse asturienne (gaita) à la romería d’été ou à la fête des Asturies, elle a son propre répertoire de Noël —les aguilandos— et peut parfaitement être l’instrument de l’hiver et de la célébration asturienne intime. C’est l’idée de fond.