Tutoriel · Apprentissage musical
Le pivot : l’exercice avec lequel mes élèves mémorisent les notes de la gaita asturienne
J’ai inventé cet exercice il y a quelques années et je l’utilise avec tous mes élèves, à tous les niveaux : on fixe une note et on l’alterne avec les autres. On mémorise ainsi le doigté de chaque note, on apprend à nommer les notes mentalement en jouant, et on gagne en autonomie sans dépendre de la partition.
Dans la gaita asturienne, il arrive un moment où la gamme sort déjà, mais chaque note reste une posture qu’il faut penser : quels doigts je bouche, lesquels je lève. Tant que tu penses à ça, tu ne peux pas penser à la musique. Pour résoudre ça, j’utilise un exercice que j’ai créé moi-même et que j’appelle le pivot.
« Pivot » : le nom vient du basketball
Je l’ai emprunté au basketball. Quand tu as le ballon et que tu ne peux plus avancer parce que tu es sur le point de marcher, il existe une technique qui te permet de garder un pied planté et de bouger l’autre : c’est pivoter. Ici je fais la même chose avec les notes : une note reste fixe —le pied planté— et l’autre bouge.
Comment ça marche
On choisit une note pivot et on l’alterne avec chacune des autres, une par une, en montant puis en redescendant jusqu’à revenir à la note pivot.
Mettons-nous à la place d’une élève qui a déjà appris avec moi les cinq premières notes du punteru de la gaita asturienne : Do, Ré, Mi, Fa et Sol. En cours, on commence toujours par le pivot de Do, la première note qu’on apprend, mais l’exercice est le même avec n’importe quelle note de référence. Voyons deux exemples, avec Fa et avec Sol :
Pivot de Fa
Pivot de Sol
Et de même avec Do, avec Ré et avec Mi. Chaque note a son pivot.
À quoi ça sert
L’objectif n’est pas de sonner joliment, c’est d’entraîner trois choses à la fois :
- Mémoriser le doigté de chaque note, jusqu’à ce que la main le fasse seule.
- Nommer les notes dans ta tête en jouant : dire « Fa, Do, Fa, Ré… » mentalement en même temps qu’elles sonnent.
- Faire tout ça sans partition, parce qu’il n’y a rien à lire : la séquence se déduit directement de la règle de l’exercice lui-même.
Une fois que tu l’as fait avec une note pivot, tu le fais avec la suivante, et chaque combinaison est une posture de plus qui s’installe dans tes doigts.
À tous les niveaux
Cet exercice n’est pas réservé aux débutants : on le fait à tous les niveaux et on le renforce tout au long du parcours. À chaque fois qu’un élève apprend une nouvelle note, le pivot grandit avec elle —il y a une combinaison de plus à pratiquer—, donc l’exercice n’est jamais vraiment terminé : il s’étend avec le répertoire de notes disponible.
Ce que je recherche, c’est l’autonomie : que la personne qui joue le fasse de façon naturelle, sans avoir à mémoriser de longs passages. Si chaque note est une posture que tu possèdes déjà, une mélodie cesse d’être une liste à retenir et devient quelque chose que tu sais faire. C’est le même principe que j’ai expliqué au début avec le punteru : d’abord le doigté automatique, ensuite seulement ce qui vient par-dessus.
Pas besoin de partition pour être un musicien sérieux
Tout ça ne veut pas dire que c’est un raccourci ou une façon mineure d’apprendre. Beaucoup de musiciens professionnels ne lisent pas la partition et fondent toute leur connaissance musicale sur l’oreille, sur la technique et sur la connexion directe entre l’esprit et les doigts. Paco de Lucía n’a jamais appris à lire la notation musicale : il a appris la guitare à l’oreille, par tradition orale familiale, et en 1991 il a mémorisé à l’oreille le Concierto de Aranjuez de Rodrigo pour l’interpréter au Royal Festival Hall de Londres, précisément parce qu’il ne lisait pas la partition. Il est fréquent, par ailleurs, que les musiciens de studio qui enregistrent et accompagnent en direct travaillent sans solfège et soient de grands arrangeurs des morceaux qu’on leur demande de jouer, à l’oreille, sur l’instant.
Tout ça ne veut pas dire qu’il n’est pas important d’apprendre le langage musical, le solfège : ça fait partie de l’enseignement que nous dispensons à EMTI Fervienza, mais ça arrive au moment où on a déjà de l’aisance à la gaita asturienne, pour nous aider à améliorer notre technique et le répertoire que nous jouons.
Les sonneurs et sonneuses de la tradition asturienne apprenaient de la même façon : oralement, en répétant les exercices encore et encore jusqu’à ce que le corps les retienne. Le pivot est pensé pour développer ce même discours musical, celui qui associe chaque note à une posture précise des doigts, de sorte que « chanter la mélodie dans sa tête » et la jouer fassent partie du même processus, et non deux étapes séparées.
Si tu veux la définition courte de l’exercice, elle se trouve dans cette FAQ.
C’est le même exercice que j’ai publié pour la première fois dans ma méthode Gaita asturiana práctica 1, le premier livre que j’ai publié et où je mettais déjà ce type de ressources entre les mains de mes élèves.
Bibliographie
- Díaz García, T. Gaita asturiana práctica 1. Autoédition de l’auteur — première publication de l’exercice du pivot.
- Castillo, R. et O’Leary, E. (Reuters/The Philadelphia Inquirer, 27 février 2014). Paco de Lucía, 66, guitar great and flamenco innovator — rapporte que Paco de Lucía a mémorisé à l’oreille le Concierto de Aranjuez de Rodrigo pour son interprétation de 1991 au Royal Festival Hall de Londres, car il ne lisait pas la notation musicale.
Questions fréquentes
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Qu’est-ce que le pivot dans la gaita asturienne ?
Le pivot est un exercice que j’ai créé en empruntant le nom au basketball : tout comme au basketball le pivot consiste à garder un pied planté et à tourner autour, ici on choisit une note de référence (la note « pivot ») et on la joue contre chacune des autres notes de la gamme, en alternant systématiquement entre elles.
L’objectif n’est pas musical en soi : c’est l’indépendance des doigts et la mémoire musculaire des différentes postures. Le but est que le sonneur n’ait pas à réfléchir à quel doigt va où, que la main le fasse seule. On le travaille note par note : d’abord le pivot sur Do —Do contre Ré, Do contre Mi, Do contre Fa, et ainsi de suite jusqu’au bout—, puis le pivot sur Ré, sur Mi, et on généralise ainsi à toute la gamme.