Essai · Musique traditionnelle
La gaita asturienne aujourd'hui : conservatoire, écoles et fanfares de référence
Comment se forme aujourd'hui un gaitero asturien : du conservatoire professionnel et supérieur aux écoles de fanfare, avec un tour d'horizon des bandas et des figures de référence qui soutiennent le tissu actuel de l'instrument.
Quand on me demande comment on apprend à jouer de la gaita asturienne aujourd’hui, la réponse n’est plus seulement « avec un maître du village, à l’oreille ». Il y a encore beaucoup de cela —et c’est irremplaçable—, mais depuis presque vingt ans l’instrument a aussi un chemin réglementé : conservatoire, écoles municipales, écoles de fanfare. Et autour de ce chemin reste vivant un tissu de bandas et de formations qui est, en réalité, l’endroit où la plupart des gaiteros asturiens font leur musique.
Ce billet est un tour d’horizon de ce panorama, tel qu’il est aujourd’hui : quel enseignement officiel existe, quelles écoles soutiennent la relève générationnelle, quelles bandas il convient de connaître, et quelles figures ont marqué le chemin jusqu’ici.
La gaita est entrée au conservatoire
La gaita asturienne a des études officielles depuis moins longtemps qu’on ne le croit. La matière de Gaita a été intégrée aux Conservatoires Professionnels de Musique des Asturies en 2006, à la suite d’un curriculum élaboré par un comité d’experts convoqué par la Consejería de Educación. Elle est enseignée au Conservatoire Professionnel de Musique de Gijón et à celui d’Oviedo.
Le grand saut est venu ensuite : lors de l’année scolaire 2018-2019, le Conservatoire Supérieur de Musique « Eduardo Martínez Torner » (CONSMUPA), à Oviedo, a ouvert l’itinéraire d’Enseignements Artistiques Supérieurs en « Instrumentos de la música tradicional y popular de Asturias — Gaita asturiana » (« Instruments de la musique traditionnelle et populaire des Asturies — Gaita asturienne »). C’est une donnée à date officielle, non une impression : l’appel à la prueba de acceso (épreuve d’admission) a été publié par la Consejería de Educación y Cultura du Principado elle-même.
La première promotion de diplômés supérieurs en gaita asturienne est sortie le 3 juin 2022 — trois étudiants, formés dans le premier cycle complet de l’itinéraire. C’est une étape modeste en nombre mais grande sur le plan symbolique : la gaita asturienne a désormais, pour la première fois de son histoire, un diplôme supérieur officiel équivalent à celui de n’importe quel autre instrument du conservatoire.
Écoles municipales et écoles de fanfare
Sous le conservatoire existe un réseau plus diffus mais tout aussi important : écoles municipales et écoles liées à des bandas de gaitas, qui sont la véritable porte d’entrée pour la plupart de ceux qui débutent.
L’Escuela de Música de los Valles del Oso, qui couvre les concejos de Proaza, Quirós, Santo Adriano et Teverga, enseigne la gaita depuis 2018 sur la base d’une formation musicale du territoire forte de plus de trente ans de parcours. Elle a été dirigée par Balbino Menéndez (également directeur de la Banda Gaites Camín de Fierro), et j’en ai moi-même fait partie comme maître de gaita asturienne.
Plusieurs bandas de gaitas sont nées directement d’une école propre, et non l’inverse. La Banda Gaites Llacín, à Porrúa (Llanes), a été fondée en 1998 au sein de l’Escuela de Música Tradicional de l’Asociación Cultural y Etnográfica Llacín — aujourd’hui la banda dépasse les quatre-vingts membres. La Banda de Gaitas La Laguna del Torollu, fondée en 2005 à San Claudio (Oviedo), s’est nourrie à l’origine de gaiteros formés à l’école « El Pravianu » de Viella (Siero).
Bandas de gaitas de référence
Quatre bandas méritent d’être connues pour comprendre le tissu actuel de l’instrument, chacune avec sa propre histoire :
- Real Banda de Gaitas Ciudad de Oviedo. Fondée en décembre 1992, avec Guti (aujourd’hui Gaitero Mayor du Real Oviedo) comme premier directeur. Elle a reçu le titre de « Real » en février 2017, coïncidant avec son 25e anniversaire. Elle a tourné en Allemagne, au Mexique et en Chine, et collaboré avec Carlos Núñez, Hevia et Melendi.
- Banda Gaites Llacín. Fondée en 1998 à Porrúa (Llanes), avec plus de quatre-vingts membres aujourd’hui. À son palmarès : meilleure banda au « Saint Patrick » de Dublin (2007) et meilleur album folk aux Premios AMAS (2008).
- La Laguna del Torollu. Fondée le 5 octobre 2005 à San Claudio (Oviedo), avec des gaiteros venus de plusieurs écoles. Elle a tourné en France (Nice, Albi, Béziers, Châtillon).
- La Reina del Truébano. Banda asturienne active depuis 1996 à Navia, avec un palmarès international réel : participation au défilé de la Saint-Patrick de New York (2008) et Trophée Guinness du Festival Interceltique de Lorient (2008).
Bandinas traditionnelles : Los Gascones
À côté des bandas de gaitas de grand format, reste vivante la tradition de la bandina — une formation réduite, de racine populaire, qui s’est répandue en Asturies au début du XXe siècle. Los Gascones en sont un exemple actif aujourd’hui : une formation d’accordéon, saxophone baryton, gaita et percussion, dans cette même tradition de bandina de fête et de rue. Je n’ai pas pu confirmer avec une source fiable ni son année exacte de fondation ni son concejo d’origine — je le signale plutôt que d’inventer la donnée.
Trois figures qui ont marqué le chemin
- José Ángel Hevia. Le gaitero asturien à la plus grande projection internationale, premier prix de gaita soliste au Festival Interceltique de Lorient (1992). Avant de vivre de la scène, il a vécu de la gaita par l’enseignement, et en 1991 il a remporté le premier prix de Recherche Ethnomusicologique « Eduardo Martínez Torner » de l’alors Escuela Superior de Música de Oviedo pour son travail Método de Gaita Asturiana.
- José Manuel Tejedor. Premio Nacional de Música 2008 et trois prix McCallan au Festival Interceltique de Lorient. Il enseigne via l’Escuela Internacional de Gaita, une plateforme 100 % en ligne (pas un centre physique) avec trois niveaux de cours.
- Flavio Rodríguez Benito. Accrédité comme Maestro Gaitero en 1991 par la Consejería de Cultura du Principado. Il a dirigé la Banda Gaites Xaranzana (Oviedo) entre 1988 et 1998, et est l’auteur de deux méthodes de référence : Cien Melodías et Método de gaita asturiana (Trabe, 2014), ainsi que d’une adaptation du répertoire de gaita au cancionero d’Eduardo Martínez Torner.
Ce que ce panorama dit de l’instrument
Que la gaita asturienne dispose aujourd’hui d’un conservatoire supérieur, d’écoles municipales, de bandas actives en tournées internationales et de méthodes publiées n’est pas une donnée isolée : c’est la preuve que l’instrument a cessé de dépendre uniquement de la transmission orale de village en village pour s’appuyer aussi sur une infrastructure formelle. Les deux choses coexistent, et de cette coexistence naît la vitalité réelle de l’instrument aujourd’hui.
Bibliographie
- Gobierno del Principado de Asturias, Consejería de Educación y Cultura. Convocatoria de la prueba específica de acceso a las Enseñanzas Artísticas Superiores de Música, itinerario “Instrumentos de la música tradicional y popular de Asturias — Gaita asturiana”, curso 2018-2019. Source officielle administrative.
- EsTuTele. «La gaita asturiana crea historia con su primera promoción de titulados superiores», 2022.
- Ayuntamiento de Oviedo. Real Banda de Gaitas Ciudad de Oviedo — ficha institucional.
- Banda Gaites Llacín. Presentación de la banda.
- Banda de Gaitas La Laguna del Torollu. Historia de la banda.
- La Voz del Trubia. «Arranca el curso de la Escuela de Música de Proaza», 2019.