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title: "Ma gaita en Do# de Chus Solís"
slug: ma-gaita-en-do-diese-chus-solis
kind: essay
summary: "Je commence par moi-même la série sur les luthiers avec qui je travaille. La première pièce : pourquoi en 2018 j'ai demandé à Chus Solís une gaita en Do#, une tonalité peu connue, en quête du même éclat que le son de José Remis Ovalle."
publishedAt: 2026-09-15
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Quand tu commences vraiment à maîtriser le son de la gaita asturienne, l'oreille cesse de la traiter comme un instrument unique et se met à distinguer des nuances. Tu découvres que les tonalités ne sont pas interchangeables : chacune a sa place. La [gaita tumbal, en Si bémol](/fr/blog/accorder-la-gaita-asturienne), plus grave, était utilisée dans le domaine religieux parce que ce son sombre donne une sensation de liturgie, de cérémonie. Chaque tonalité porte un usage, un contexte, une intention.

Cette oreille m'a mené ailleurs.

## Le son que mon oreille réclamait

En écoutant les enregistrements de José Remis Ovalle —le Floréu de Remis, entre autres— j'ai commencé à remarquer quelque chose que ma gaita en Do majeur ne me donnait pas. Ce n'était pas une sensation vague : ces enregistrements sont réalisés dans une tonalité précise, le Do#, connu dans le métier sous le nom de « Do brillant ». Et ce demi-ton de différence avec le Do standard est exactement ce qui rend le son plus brillant.

En 2018, je participais à des concours, et j'ai voulu porter cette même tonalité dans mes propres interprétations. Pas par caprice : je voulais vraiment me rapprocher du timbre original de ces enregistrements, pas seulement jouer les mêmes notes avec une couleur différente.

## Qu'est-ce que le « Do brillant »

Le Do# n'est ni un réglage personnel ni une bizarrerie inventée. C'est un accord réel du métier, documenté avec précision : le punteru qui le produit mesure entre 320 et 325 mm, contre les 330-340 mm d'une gaita en Do ou les 345-355 mm d'une tumbal en Si bémol. Plus le punteru est court, plus le son est aigu et brillant —d'où le nom.

Aujourd'hui, c'est une tonalité minoritaire. La recherche universitaire sur l'évolution de la gaita asturienne la considère presque perdue, « marginalement employée par certains gaiteros âgés ». Mais minoritaire ne veut pas dire éteinte : il existe encore des ateliers qui la fabriquent sur commande, et des gaiteros qui apprécient ce son précis suffisamment pour continuer à la demander. J'en fais partie.

## Pourquoi je l'ai demandée à Chus Solís

Traduire cette quête auditive en un instrument réel demandait un luthier qui comprenne exactement ce que je demandais. [Chus Solís](https://gaitasturiana.wordpress.com/) dirige depuis 1999 **ETIMTA**, son école et atelier d'instruments traditionnels asturiens —il a commencé à enseigner au Conservatoire Valle del Nalón, à Langreo, et poursuit aujourd'hui son activité depuis Fueyo, à Tiñana. Il est aussi membre actif du Conceyu de la Gaita.

Je lui ai demandé une gaita en Do#. Il me l'a construite. Et depuis 2018, c'est celle que j'emporte quand je veux ce son précis : celui que mon oreille réclamait la première fois que j'ai entendu Remis Ovalle.

C'est la première pièce d'une série sur les instruments que j'utilise vraiment et les luthiers qui les ont construits. Pas un catalogue de facteurs —une relation de travail, racontée instrument par instrument.

## Bibliographie

- Fernández García, Juan Alfonso. [*"La gaita asturiana: características y evolución"*](https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/2654277.pdf). Revista universitaria (Dialnet). Source des mesures de punteru par tonalité et de l'usage réel du « Do brillant ».
