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title: "Le Gaiteru Llibardón : le premier disque de gaita asturienne"
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kind: essay
summary: "Qui était le Gaiteru Llibardón, le gaitero asturien qui a enregistré en 1909 le premier disque de gaita asturienne et porté l'instrument aux expositions universelles de Paris, Buenos Aires et Barcelone. Pourquoi sa figure marque encore le chemin de quiconque emmène aujourd'hui la gaita hors des Asturies."
publishedAt: 2026-09-04
updatedAt: 2026-09-04
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Quand quelqu'un cherche « gaitero asturien célèbre », il cherche presque toujours une référence contemporaine. Mais avant même qu'existe le moindre circuit international pour la musique traditionnelle, il y avait déjà un gaitero asturien parvenu jusqu'aux expositions universelles, qui avait tourné sur deux continents et enregistré le premier disque de gaita asturienne de l'histoire. Il s'appelait Ramón García Tuero, et tout le monde le connaissait sous le nom de **el Gaiteru Llibardón**.

Je commence par lui une série sur les gaiteros de la tradition —ceux d'avant la Transición, ceux qui ont construit le chemin sans personne devant eux pour le leur aplanir. Voici la première vidéo de la série :

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## Qui était le Gaiteru Llibardón

Ramón García Tuero est né le 6 février 1864 à Arroes, Villaviciosa, dans une famille modeste de paysans. Enfant, il jouait des flûtes taillées dans du bois de châtaignier avec un canif, et ses parents, voyant le talent qu'il avait, lui achetèrent une gaita dans les années 1870. En 1890, il épousa María Caravera, de Lliberdón (Colunga), et s'y installa —c'est cette paroisse rurale qui lui donna le nom de scène qui allait le rendre immortel. Il mourut le 21 octobre 1932, dans le même village qu'il avait fait sien.

Son trait distinctif n'était pas seulement de bien jouer : **il chantait et jouait de la gaita en même temps**, chose peu courante alors, improvisant souvent les chants au fil de l'interprétation. Il se produisait seul ou accompagné d'un tambour, presque toujours joué par José García, surnommé « el Tambor de l'Abadía ». Il fut musicien titulaire du groupe La Infiesta, et bien que la Maison royale ait choisi José Remis Vega —le gaitero de Margolles, à l'issue d'une confrontation entre les deux meilleurs gaiteros des Asturies— comme gaitero officiel du roi, ce fut le Gaiteru Llibardón qui remporta le titre non officiel mais incontesté : le roi de l'estime populaire.

## Le premier disque de gaita asturienne

Le fait qui le place à part dans l'histoire est concret et daté : **en 1909, il enregistra le premier disque de gaita asturienne**, devenant le premier musicien asturien à accéder à un enregistrement phonographique. En 1911, il signa à Milan un contrat de dix ans, s'engageant à enregistrer quarante chants —un volume de travail discographique qui nous paraîtrait exigeant aujourd'hui, et qui était alors pratiquement inédit pour un instrument traditionnel asturien.

## Un gaitero de tournées et d'expositions universelles

Ce que le Gaiteru Llibardón a fait avec la gaita asturienne ne se compare aisément à rien de ce qui l'a précédé : il l'a sortie des Asturies et l'a portée sur les vitrines internationales les plus importantes de son époque.

- **1889** — Exposition universelle de Paris, son premier voyage international, où il représentait la maison de cidre « El Horreo » de Colunga.
- **1900** — Exposition universelle de Paris (celle de la Tour Eiffel), où il reçut une médaille de mérite du jury.
- **1907-1918** — Tournées américaines, du sud des États-Unis jusqu'en Argentine.
- **1911** — Exposition internationale de Buenos Aires, où il signa le contrat d'enregistrement avec une maison new-yorkaise. Il en vint à atteindre à Cuba un statut comparable à celui du ténor Enrico Caruso.
- **1929** — Expositions de Barcelone et de Séville, ses dernières grandes apparitions.

Entre-temps, il tourna en Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre, et en vint à côtoyer la reine María Cristina, le roi Alphonse XIII et le général Primo de Rivera. Tout cela sans aucun circuit professionnel établi pour la musique traditionnelle asturienne : il l'a construit lui-même, tournée après tournée.

## Pourquoi il portait toujours le paxellu asturianu

Un détail qui en dit autant que ses tournées : il se présentait toujours dans le **paxellu asturianu**, le costume traditionnel asturien, de façon délibérée. Ce n'était ni un hasard ni du pittoresque : c'était une décision consciente de s'identifier comme gaitero asturien partout où il jouait, pour se distinguer sur des scènes où personne ne savait d'où il venait ni quelle tradition il représentait. Il construisait une image publique autant qu'un répertoire.

## L'héritage, jusqu'à aujourd'hui

En 2001, le journal *El Comercio* l'inclut parmi les « 20 Asturiens du XXe siècle » lors d'un concours populaire, et cette même année fut instauré à Lliberdón un concours de gaita portant son nom, dédié en particulier aux enfants et aux jeunes. En 1986, le gouvernement de la Principauté publia un disque avec une sélection de ses morceaux les plus populaires. Dans sa maison de La Quintana, on peut encore voir une partie des instruments et des vêtements qu'il utilisait lors de ses représentations.

Je ne raconte pas cela comme une simple curiosité historique. Chaque fois que quelqu'un emmène aujourd'hui la [gaita asturienne](/concepto/gaita-asturiana) hors des Asturies —sur une scène internationale, dans un enregistrement, devant un public qui ne la connaît pas— il emprunte un sentier que le Gaiteru Llibardón a ouvert sans carte, plus d'un siècle auparavant. [Moi-même](/concepto/tever), en tant que gaitero qui enregistre et tourne hors des Asturies, je suis ce même chemin à chaque fois que je joue.

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<summary>Transcription de la vidéo</summary>

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#### Qui était le gaitero le plus célèbre des Asturies

Il y a une figure de la musique asturienne dont la gaita a franchi toutes les frontières imaginables. Nous parlons de Ramón García Tuero, bien qu'on le connaisse sans doute mieux sous le nom de Gaiteru Llibardón. Plongeons dans l'incroyable histoire de la façon dont il a porté le son d'un petit coin d'Espagne jusqu'au monde entier.

#### Le gaitero de Llibardón

Ramón García Tuero, né en 1864. Si le surnom de Llibardón allait lui rester pour toujours, son histoire a en réalité commencé ailleurs et allait finir par devenir bien plus que celle d'un musicien. Il fut, sans conteste, le premier grand ambassadeur culturel des Asturies.

#### D'Arroes au monde

Il est né à Arroes, à Villaviciosa, au sein d'une famille très modeste. Mais dès son plus jeune âge, il était déjà évident que son don pour la musique était extraordinaire, un talent impossible à ignorer. Son talent allait bien au-delà de la gaita : il avait une voix très puissante, maîtrisait aussi l'harmonium. Et, ce qui est essentiel, il ne se limitait pas à interpréter ce que d'autres avaient écrit : il composait sa propre musique. Son ascension fut tout simplement fulgurante. En 1889, à seulement 25 ans, il se produisait déjà à l'Exposition universelle de Paris. Et à peine une décennie plus tard, en 1900, il revient dans la capitale française et son succès est tel que le jury lui décerne une médaille de mérite.

#### La renommée internationale

Ce succès à Paris n'était que le début. À partir de là, sa carrière explose à l'échelle mondiale. Lors d'une tournée à Cuba, il partagea l'affiche avec le légendaire ténor Enrico Caruso, la plus grande star de l'opéra du moment, et toucha exactement le même cachet que lui. Entre 1907 et 1918, sa gaita résonna dans le monde entier : il parcourut l'Europe de long en large et traversa l'Atlantique à plusieurs reprises, portant la musique de sa terre des États-Unis jusqu'en Argentine. Avec cette renommée, son nom parvint jusqu'aux oreilles de la royauté : lorsque le roi Alphonse XIII chercha un gaitero officiel pour la cour, il fut l'un des deux finalistes. Et même s'il n'obtint finalement pas le poste, le simple fait d'avoir été considéré dit à lui seul l'immense prestige qu'il avait atteint.

#### Ambassadeur de la gaita asturienne

Il devint la personne qui dignifia et porta les Asturies dans le monde entier. Ses tournées, parrainées par l'industrie du cidre, unissaient deux symboles des Asturies. Il fut parmi les tout premiers à enregistrer des disques, allant jusqu'à signer un contrat international à New York, et il comprit avant tout le monde le pouvoir qu'avait la radio pour diffuser la musique traditionnelle. « Le gaitero primé et célèbre », c'est ainsi qu'on l'annonçait sur les affiches et les programmes de l'époque —et ce n'était pas du simple marketing : c'était le pur reflet de l'admiration qu'il suscitait.

#### Un héritage immortel

Son histoire ne s'est pas achevée avec sa mort en 1932. En 2001, presque 70 ans après sa disparition, un vote populaire l'élit comme l'un des 20 Asturiens du XXe siècle. Et son héritage a un foyer : à Lliberdón, le village qui lui a donné son nom de scène, se trouve aujourd'hui le centre d'interprétation dédié à sa vie et à son œuvre. L'histoire du Gaiteru Llibardón laisse une réflexion finale : un seul artiste peut-il en venir à définir l'identité de toute une culture ? Sa gaita n'a pas seulement joué des mélodies : elle a aidé à construire et à projeter l'identité asturienne à travers toute la planète.

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## Bibliographie

- « Ramón García Tuero », *Wikipedia n'asturianu* : [ast.wikipedia.org/wiki/Ramón_García_Tuero](https://ast.wikipedia.org/wiki/Ram%C3%B3n_Garc%C3%ADa_Tuero). Source principale des données biographiques, des tournées et des enregistrements.
- « García Tuero, Ramón, "El Gaiteru Libardón" », *Real Instituto de Estudios Asturianos — Biografías Asturias* : [biografiasasturias.es](https://www.biografiasasturias.es/ficha/i/43644404/garcia-tuero-ramon-el-gaiteru-libardon). Source complémentaire, recoupement des données et détail de sa trajectoire internationale.
- « El Paxellu Asturianu » : [es.scribd.com/document/379226656](https://es.scribd.com/document/379226656/el-paxellu-asturianu-pdf). Source du terme exact pour le costume traditionnel asturien.
- « José Remis Vega », *Wikipedia* : [es.wikipedia.org/wiki/José_Remis_Vega](https://es.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Remis_Vega). Source de l'épisode du choix du gaitero officiel de la Maison royale.
- « Centro de Interpretación del Gaiteru Lliberdón », *Ayuntamiento de Colunga* : [turismocolunga.es](https://www.turismocolunga.es/recurso/136-centro-interpretacion-gaiteru-lliberdon/). Source du centre dédié à sa vie et à son œuvre, dans le Barriu Baxu de Lliberdón (Colunga).
