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title: "Gaita asturienne vs. cornemuse écossaise (Great Highland Bagpipe) : les différences réelles"
slug: gaita-asturienne-vs-cornemuse-ecossaise
kind: comparison
summary: "Deux gaitas que l'on confond de loin mais qui sonnent et se jouent différemment : un bourdon unique contre trois bourdons, une gamme flexible contre une gamme fixe, une tradition de gaitero soliste contre la pipe band. Les différences réelles, depuis l'expérience de les avoir jouées toutes les deux."
publishedAt: 2026-08-12
updatedAt: 2026-08-12
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Quand nous partons jouer dans des festivals hors d'Espagne, on me demande très souvent : « ta gaita, c'est comme la cornemuse écossaise ? » La réponse courte, c'est qu'elles partagent plus qu'il n'y paraît au premier abord —toutes deux se soufflent par la bouche, toutes deux ont un chalumeau conique— mais elles se séparent sur des choix de conception qui changent leur sonorité et leur usage : nombre de bourdons, gamme et contexte d'utilisation.

Je joue de la gaita asturienne depuis toujours et j'ai eu des cornemuses écossaises entre les mains lors de rencontres et de collaborations avec des bandas. Voici ce que j'ai appris en les comparant de près, pas de seconde main.

## Origine et famille organologique

Les deux appartiennent à la même grande famille : des cornemuses européennes dotées d'un réservoir d'air (l'outre), d'un tube mélodique et d'un ou plusieurs bourdons qui sonnent en continu sous la mélodie. Cette structure de base, elles la partagent avec la gaita galicienne, l'uilleann pipe irlandaise et le reste des [gaitas de l'arc atlantique](/fr/blog/guide-des-gaitas-de-l-arc-atlantique).

La **gaita asturienne** est l'instrument propre à la tradition musicale des Asturies, historiquement lié au gaitero soliste et à la musique de romería, d'alborada et de festivu. La **Great Highland Bagpipe** —la cornemuse écossaise, la plus connue au monde— a une histoire différente : elle s'est imposée comme instrument de guerre et de défilé militaire, liée aux régiments puis, plus tard, aux **pipe bands** de compétition.

Deux gaitas soufflées à la bouche et à chalumeau conique, oui. Mais l'une naît du gaitero qui joue seul sur la place ; l'autre, de la formation de banda avec partition et uniforme. Cette racine différente explique une bonne partie de ce qui suit.

## Les principales différences techniques

### Système de soufflerie : deux façons de souffler, un même principe

Voici la vraie ressemblance, et il convient de le dire en premier car c'est ce qui prête le plus à confusion pour qui ne connaît aucune des deux de l'intérieur.

Aussi bien la **gaita asturienne** que la **Great Highland Bagpipe** se gonflent en soufflant par la bouche à travers un porte-vent, sans soufflet de coude. En cela, elles se distinguent de l'uilleann pipe irlandaise ou de la Northumbrian, qui utilisent un soufflet mécanique sous le bras —je le raconte en détail dans [gaita asturienne vs. uilleann pipe](/fr/blog/gaita-asturienne-vs-uilleann-pipe).

La différence entre l'asturienne et l'écossaise ne se joue pas dans le mécanisme d'entrée d'air, mais dans ce qu'il faut soutenir ensuite : l'écossaise répartit la pression entre trois bourdons plus le chalumeau ; l'asturienne, sur un seul. Maintenir une pression constante pour quatre tubes sonnant en même temps —trois bourdons et le chalumeau— demande un contrôle du fol différent de celui requis pour deux.

### Bourdons : un contre trois

C'est la différence la plus visible et la plus audible.

La gaita asturienne porte, dans sa forme traditionnelle, un seul **[roncón](/concepto/roncon)** : un tube qui repose sur l'épaule. Sa fonction, qu'il y en ait un, deux ou trois, est toujours la même : soutenir un son de bourdon continu sous la mélodie —une note fixe, ou deux ou trois si l'instrument porte plus d'un roncón. Comme instrument soliste, ce bourdon remplit à lui seul beaucoup d'espace sonore ; en banda, avec plusieurs roncones bien accordés entre eux, l'effet d'ensemble est puissant.

La Great Highland Bagpipe porte **trois bourdons** : un grave (bass drone) et deux ténors, accordés à l'octave et à l'octave inférieure de la tonique du chalumeau. Les trois sonnent simultanément dans un accord fixe bien reconnaissable, qui constitue une bonne partie de ce que l'on identifie comme le « son de cornemuse écossaise » à distance. Cette architecture à trois bourdons —ni deux, ni quatre— est l'un des traits organologiques qui définissent la Highland au sein de la famille des cornemuses à soufflet de coude ou à soufflerie buccale des îles Britanniques.

Une précision importante s'impose : il existe des gaitas asturiennes à deux ou trois roncones, et ce n'est pas une rareté. Des bandas de gaites comme celles de Candás ou de Villaviciosa jouent avec des gaitas à trois roncones. Ce choix vient directement de l'échange avec les bandas écossaises : dans les années quatre-vingt-dix, quand les bandas écossaises étaient têtes d'affiche de tous les festivals internationaux, des maîtres gaiteros asturiens ont intégré cette architecture à plusieurs bourdons à la gaita asturienne, cherchant un corps sonore de banda proche de celui de la Highland. La base traditionnelle, celle de racine, reste à un seul roncón, mais l'instrument à deux ou trois roncones est aujourd'hui une réalité vivante et bien établie sur le terrain des bandas, non une anecdote de laboratoire.

### Gamme et chromatisme : fixe contre flexible

La **Great Highland Bagpipe** joue sur une gamme fixe de neuf notes, de caractère mixolydien, sans demi-tons chromatiques et sans possibilité de l'altérer avec des clés : le chalumeau n'a pas de clés, et cette gamme fermée est une signature du répertoire de marches, *strathspeys* et *reels* de la tradition de pipe band.

La **gaita asturienne** est également partie d'une gamme diatonique sans chromatisme, mais son évolution a pris une autre voie : grâce au travail des luthiers et des gaiteros asturiens, le [punteru](/glosario/punteru) moderne intègre des clés qui permettent de couvrir un registre chromatique complet. Je le raconte en détail dans [Combien de notes a la cornemuse asturienne ?](/fr/blog/combien-de-notes-a-la-cornemuse-asturienne). Cette flexibilité lui ouvre un répertoire que la gamme fixe écossaise ne permet pas : des mélodies avec altérations jusqu'à des arrangements pensés pour jouer aux côtés d'autres instruments tempérés.

Ce n'est pas qu'une gamme soit meilleure que l'autre. La fixité de l'écossaise est fonctionnelle : une banda entière qui s'accorde sur la même référence fermée sonne compacte. La flexibilité de l'asturienne répond à un autre besoin, celui du gaitero soliste qui veut élargir son répertoire.

### Timbre, volume et contexte d'utilisation

Les deux sont pensées pour l'extérieur et les deux ont un volume considérable —aucune n'est un instrument de petite salle, à la différence de l'uilleann pipe. Mais le contexte social dans lequel elles résonnent est différent, et cela s'entend.

La **Great Highland Bagpipe** est aujourd'hui surtout associée au son d'ensemble : la pipe band, avec plusieurs chalumeaux et batteries de bourdons sonnant en bloc, en formation de marche. Mais à côté de cette tradition de banda existe une tradition soliste propre et très exigeante, celle du *piobaireachd* (ou *pìobaireachd*) et de la compétition soliste de *light music* —marches, *strathspeys*, *reels*—, avec un niveau technique très élevé et son propre circuit de championnats. Ce n'est pas un instrument pensé pour se jouer seulement en groupe : la discipline d'accordage collectif de la pipe band coexiste avec une exigence technique individuelle comparable, voire supérieure, sur le terrain soliste.

La **gaita asturienne** a une forte tradition de gaitero soliste : un ou deux gaiteros accompagnant une romería, une alborada, un festivu, sans besoin d'une formation militaire derrière eux. Les bandas de gaites asturiennes existent et font partie vivante de la tradition, avec un niveau technique propre, mais l'instrument n'en est pas issu à l'origine.

### Ornementation

Les deux construisent leur ornementation sur un doigté à trous ouverts, sans clés côté écossais et avec des clés seulement partielles côté asturien moderne. Mais la grammaire des ornements est propre à chaque tradition : la Highland a son catalogue fermé et codifié de *grace notes*, *doublings* et *taorluaths*, avec des noms et des règles fixés par la pédagogie de pipe band. L'asturienne a les siens —picado, vibrato de fol, liés de racine asturienne— transmis de façon plus ouverte, de maître à élève, sans le même degré de codification militaire.

## Ce qu'elles ont en commun

La ressemblance ne se limite pas à l'étiquette « gaita ».

Les deux sont des instruments **soufflés à chalumeau conique**, ce qui les rapproche en timbre plus que de l'uilleann pipe ou de la Northumbrian, à soufflet de coude et chalumeau cylindrique. Les deux sont pensées pour sonner fort en extérieur. Et les deux sont symbole d'identité pour leur peuple : l'écossaise l'est pour l'Écosse et la diaspora écossaise à travers le monde ; l'asturienne, pour les Asturies.

Toutes deux, par ailleurs, font partie de cet arc atlantique européen que je parcours dans [Guide des gaitas de l'arc atlantique](/fr/blog/guide-des-gaitas-de-l-arc-atlantique), aux côtés de la gaita galicienne, la bretonne et l'irlandaise.

## La question du musicien : si tu joues de l'une, joues-tu de l'autre ?

On me la pose surtout des gaiteros de banda qui croisent l'asturienne lors d'une rencontre.

Il y a un transfert partiel, dans les deux sens. Si tu joues de la gaita asturienne, le souffle par la bouche et le contrôle du fol ne te sont pas étrangers en passant à l'écossaise ; le défi, c'est de maintenir une pression stable pour trois bourdons à la fois et d'apprendre le catalogue fermé d'ornements de la tradition de pipe band, exigeant et très codifié —aussi bien en banda que sur le terrain soliste de compétition.

Si tu joues de la Great Highland Bagpipe, le souffle n'est pas non plus une nouveauté, mais la gamme flexible et à clés de l'asturienne moderne oblige à repenser la façon d'aborder le répertoire, et bien soutenir un seul roncón —ou deux ou trois, si l'instrument en porte— demande un contrôle de pression différent de celui d'une architecture fixe à trois bourdons.

Comme avec l'uilleann pipe, certains gaiteros maîtrisent les deux. Mais ils y arrivent en étudiant chacune séparément, non par ressemblance de famille.

## Comparatif rapide

| Caractéristique | Gaita asturienne | Great Highland Bagpipe (cornemuse écossaise) |
|---|---|---|
| **Système de soufflerie** | Souffle par la bouche (porte-vent) | Souffle par la bouche (porte-vent) |
| **Bourdons** | Un roncón (racine traditionnelle) ; deux ou trois sur les gaitas de banda depuis les années 90 | Trois bourdons : bass + 2 ténors |
| **Gamme** | Diatonique de racine ; chromatique sur les modèles modernes à clés | Mixolydienne fixe de 9 notes, sans clés |
| **Chalumeau** | Conique | Conique |
| **Contexte traditionnel** | Gaitero soliste (romería, alborada, festivu) et bandas de gaites | Pipe band de compétition et tradition soliste de *piobaireachd* |
| **Ornementation** | Picado, vibrato de fol, liés de racine asturienne | Catalogue codifié : grace notes, doublings, taorluaths |
| **Fonction sociale** | Symbole d'identité asturienne, tradition orale | Symbole d'identité écossaise, lié aux régiments et à la diaspora |
| **Transfert technique** | Partiel : souffle connu ; gamme fixe et triple bourdon sont nouveaux | Partiel : souffle connu ; clés et roncón unique sont nouveaux |

## Bibliographie

- Baines, Anthony. *Bagpipes*. Oxford : Pitt Rivers Museum, 1960. — Étude comparée des cornemuses européennes ; inclut l'organologie de la Great Highland Bagpipe au sein de la famille des cornemuses atlantiques.
- Fernández, Xulio. *La gaita asturiana: historia, técnica y repertorio*. Oviedo : Caja de Ahorros de Asturias, 1991. — Monographie de référence sur l'organologie de la gaita asturienne.
- Fernández García, Juan Alfonso. *Catálogo de la exposición permanente del Museo de la Gaita*. Xixón : Muséu del Pueblu d'Asturies, 2018. — Organologie et histoire de la gaita asturienne depuis la collection du Museo de la Gaita.
