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title: "La photo qui a donné son nom à l'école"
slug: emti-fervienza-la-photo-qui-a-donne-son-nom-a-lecole
kind: essay
summary: "Je pensais déjà tout savoir de ce que signifiait ce nom de famille. En enquêtant sur un travail consacré aux musiciens de la vallée, j'ai trouvé une photo qui m'a fait changer d'avis — et qui a fini par donner son nom à quelque chose que je viens de fonder."
publishedAt: 2026-08-21
updatedAt: 2026-08-21
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Il y a des mots qu'on croit connaître entièrement, jusqu'au jour où l'on tombe sur la photo qui les explique. Ça m'est arrivé cette année avec « Fervienza », le second nom de famille de mon père —je ne le porte pas, mais c'est le nom de famille qui avait déjà donné son titre à un morceau à moi en 2021. Je pensais déjà tout savoir de ce qu'il signifiait. Je me trompais.

## Un travail sur les musiciens de la vallée

Cela fait un moment que j'enquête sur la musique traditionnelle de ma région, Proaza et Teverga, pour un travail personnel —**Músicos Populares de Proaza y Teverga**— qui rassemble témoignages, photographies et mémoire orale de gaiteros, tambourinaires et chanteurs de la vallée. C'est le genre de travail qui avance lentement : une conversation avec un ancien du village, une archive familiale que quelqu'un accepte de te montrer, une photo sans date qu'il faut situer en posant des questions.

Dans l'une de ces archives est apparue une photo des années 80 prise à la fête du **Cébrano**, à Teverga —la même offrande à la Vierge de Carrea que ma famille maintient depuis Sobrevilla, en portant le ramu à pied jusque là-bas. Et sur cette photo, portant l'un des ramos, se trouvait mon père. Juste à côté de lui, le gaiteru **Juan Huerta**.

Cette tradition, je la connaissais depuis la maison : je la vois depuis l'enfance. Ce que j'ignorais, c'est qu'il existait cette photo précise, et que mon père avait porté le ramu juste à côté d'un gaiteru, des années avant même que je naisse. Je pensais depuis longtemps que mon lien avec la gaita asturienne était un choix personnel, une chose que j'avais commencée à 13 ans presque par curiosité. La photo m'a raconté une autre histoire : la gaita avait déjà résonné aux côtés de mon père, dans cette même tradition, avant même que j'arrive pour la chercher.

## Ce que signifie ce mot

Fervienza a un second sens qui, lui aussi, a trouvé sa place quand j'ai fait le lien. Il vient du latin *fervere* —bouillir— et désigne une cascade, une chute d'eau écumante. Un nom de famille qui est aussi un phénomène naturel : quelque chose qui tombe, qui bouge, qui ne reste jamais immobile.

Ce double sens —lignée et cascade— est celui que j'ai utilisé en 2021 pour titrer **Fervienza**, le morceau en trois mouvements de mon album *Fechu'n PLA*, écrit sur les deuils familiaux et la maternité. [J'ai déjà raconté ailleurs](/fr/blog/composer-depuis-la-racine) comment cette pièce est née du besoin de raconter un deuil et une continuité, et non d'une idée musicale abstraite. Ce que j'ignorais alors, c'est que le nom de famille qui lui donnait son titre avait, en plus, une photo qui attendait d'être trouvée.

## Treize ans de gaita, un conservatoire et une salle de classe rurale

J'ai commencé à jouer de la **gaita asturienne** à 13 ans. Je suis passé par la banda **Camín de Fierro**, j'ai donné des cours à Proaza et Teverga entre 2017 et 2022, et plus tard j'ai fréquenté le **Conservatoire d'Oviedo**. J'ai été des deux côtés de la salle de classe : élève qui débute sans même savoir tenir le punteru, et professeur qui voit un enfant répéter le même geste maladroit que je faisais moi-même à cet âge.

Cette double expérience —la formation officielle et le cours de village, le conservatoire et la salle de classe rurale— est le terrain d'où sort EMTI Fervienza. La formation officielle de la gaita asturienne a beaucoup progressé en deux décennies, [comme je l'ai raconté en dressant l'état actuel du conservatoire et des écoles](/fr/blog/gaita-asturienne-aujourdhui-conservatoire-ecoles-fanfares) ; mais il reste des élèves qui n'ont ni conservatoire ni école de banda à proximité, ou qui veulent simplement apprendre à leur rythme, sans dépendre d'une place disponible ni d'une épreuve d'admission.

Ce n'est pas non plus la première fois que je croise tradition et technologie pour enseigner ou jouer : en 2011, mon projet de fin d'études était un système qui comparait ce que tu jouais à la **gaita asturienne** réelle avec une partition de référence, pour corriger l'exécution pendant qu'on s'exerçait. La presse l'a baptisé « Gaita Hero », mais ce n'était pas un jeu : c'était de la vraie gaita, avec une vraie partition. L'idée que l'outil technologique sert la tradition, et non l'inverse, vient de là.

## EMTI Fervienza

[**EMTI Fervienza**](/concepto/emti-fervienza) —Escuela de Música Tradicional e Innovación Fervienza, école de musique traditionnelle et d'innovation Fervienza— est une école en ligne de **gaita asturienne** et de **tin whistle**, avec des cours individuels et sans épreuve d'admission. J'enseigne via une plateforme qui m'est propre, pensée pour qu'apprendre ne dépende pas d'habiter près d'un conservatoire ni de s'accorder au calendrier d'une école municipale.

C'est la photo qui a choisi le nom, pas l'inverse. Elle s'appelle Fervienza parce que, bien avant que je le mette dans un titre, ce nom de famille était déjà présent à la fête du Cébrano, aux côtés d'un gaiteru, porté par mon père.

Avec cette école, mon travail se répartit désormais en trois projets frères, chacun avec son propre but : **tever.es** pour la musique et la médiation culturelle, **labs.tever.es** pour la recherche en informatique musicale, et maintenant **EMTI Fervienza** pour l'enseignement. Trois piliers, et l'un d'eux porte le nom de famille de mon père.

## Bibliographie

- *La Señora del Cébrano* (Guía cultural, espiritual y turística del Santuario mariano de la Virgen del Cébrano). Colección « Xana de Fonfría », volume IV. Consejería de Cultura del Principado de Asturias, 2000. Guide de référence sur le sanctuaire et la tradition d'offrande à la Vierge du Cébrano que ma famille maintient depuis Sobrevilla.
- Menéndez de la Torre, Herminia et Quintana Loché, Eduardo. « Las ofrendas de Ramos en Asturias ». *Revista de Folklore*, Fundación Joaquín Díaz, n° 274, 2003, pp. 116-124. Étude de référence sur l'origine et les variantes de la tradition du ramu en Asturies, documentée depuis 1522.
