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title: "Écrire une musique nouvelle depuis la tradition"
slug: ecrire-une-musique-nouvelle-depuis-la-tradition
kind: essay
summary: "Comment je compose en partant de la tradition asturienne sans me borner à la répéter. Mon processus réel, le métissage entre racine et contemporain, et pourquoi je crois que c’est ainsi qu’elle reste vivante."
publishedAt: 2026-06-16
updatedAt: 2026-06-16
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Je compose en partant de la tradition de la gaita asturienne, mais pas pour la répéter : pour écrire une musique nouvelle avec elle. La racine est le point de départ, pas la destination. Dans cet essai, je raconte comment je m’y prends vraiment —le processus, pas la théorie— et pourquoi je crois que c’est la meilleure façon de garder la tradition vivante.

J’ai grandi en jouant le répertoire hérité et je ne l’ai jamais lâché. Mais jouer ce que j’ai reçu et composer sont deux gestes distincts, et ce texte parle du second.

## Jouer la tradition et composer ne sont pas la même chose

Quand je joue une alborada ou une marche, je sers une pièce qui existe déjà : je la soigne, je la respecte, je la fais sonner du mieux que je peux. Quand je compose, je fais autre chose. Je prends le langage de la [gaita asturienne](/concepto/gaita-asturiana) —son échelle, sa manière de respirer, sa relation entre punteru et bourdon— et j’écris quelque chose qui n’était pas là avant.

La confusion habituelle, c’est de croire que composer « depuis la racine » signifie imiter le vieux ou déguiser le neuf en ancien. Non. Cela signifie connaître la tradition assez à fond pour dire quelque chose de soi dans sa langue.

## Mon processus, sans mystère

Je n’ai pas de méthode de manuel, mais j’ai un ordre qui revient.

1. **Je commence par l’instrument, pas par l’idée abstraite.** Je prends la gaita et je joue jusqu’à ce qu’apparaisse une tournure que je n’avais pas entendue avant. La gaita asturienne a une façon concrète de se mouvoir —ce que le punteru permet, ce que le bourdon soutient— et l’idée naît presque toujours de là, de la main, pas de la tête.
2. **Je laisse la tradition poser les règles… puis je les tends.** Si une pièce appelle une mesure de danse, je la respecte un moment, puis je la déplace exprès. L’intérêt est dans la tension entre l’attendu et ce qui rompt l’attente.
3. **J’essaie en production.** C’est là qu’entre le côté technologue : j’enregistre, je superpose, j’écoute la gaita aux côtés de textures qui ne sont pas traditionnelles. Non pour la « moderniser » en ornement, mais pour entendre ce qui tient et ce qui est de trop. Presque toujours, il y a du trop.
4. **J’enlève.** La dernière phase est de retrancher. Une pièce est terminée quand je ne peux plus rien lui retirer sans qu’elle s’effondre.

## Le métissage n’est pas une décoration

Je suis [gaitero](/concepto/gaitero) et je travaille aussi avec des outils de production contemporaine. Je ne vis pas cela comme deux mondes : c’en est un seul. La gaita aux côtés d’un sound design soigné n’est pas une concession à la mode ; c’est continuer de faire ce que la musique traditionnelle a toujours fait, à savoir absorber ce qui l’entoure tout en restant elle-même.

Ce que je ne fais pas, c’est de la **folk-fusion de catalogue** ni de la *world music* générique, où l’origine se dilue jusqu’à devenir un décor. Ma racine est asturienne et je veux qu’on sente d’où vient chaque chose. Le métissage, pour qu’il vaille, doit partir de quelque chose de ferme.

## Pourquoi la tradition se conserve en créant

Certains défendent la tradition en la mettant sous vitrine : la jouer toujours à l’identique, la figer, la traiter en pièce de musée. Je crois le contraire. Une tradition qui ne fait que se répéter s’éteint lentement. Une tradition qui continue d’engendrer des œuvres nouvelles reste vivante.

La musique traditionnelle asturienne m’est parvenue parce que les générations d’avant ne se sont pas bornées à copier : elles ont joué, changé, ajouté. Composer depuis la racine, c’est rendre ce geste. Je ne trahis pas l’hérité en écrivant des choses nouvelles ; je le continue.

## Une pièce concrète

Tout cela sonne mieux avec un exemple qu’avec une déclaration. « Suañu de Gaita » est ma façon de dire cela en musique : une pièce où la gaita asturienne rêve un peu sans cesser de sonner comme d’ici. Je le raconte, et je mets le lien pour l’écouter, dans [« Suañu de Gaita » : composer depuis la racine](/fr/blog/suanu-de-gaita).

## Questions qu’on me pose

**Qu’est-ce que composer depuis la racine ?**
Écrire une musique nouvelle en prenant la tradition de la gaita asturienne comme point de départ —son échelle, sa respiration, sa relation punteru-bourdon— et non comme destination. Connaître la langue à fond pour y dire quelque chose de soi.

**Est-ce la même chose que la fusion ?**
Non. La folk-fusion de catalogue et la *world music* générique diluent l’origine jusqu’à en faire un décor. Ici, la racine asturienne est ferme et reconnaissable : le métissage part d’elle, il ne la remplace pas.

**Composer au lieu de répéter, est-ce trahir la tradition ?**
Au contraire. Une tradition qui ne fait que se répéter s’éteint lentement ; une tradition qui continue d’engendrer des œuvres nouvelles reste vivante. Composer depuis la racine, c’est continuer le geste, pas le rompre.

S’il fallait le résumer en une phrase : je ne compose pas *malgré* la tradition ni *sur* la tradition, mais *depuis* elle.
